Archives de la Société Générale de Belgique - Troisième versement

 

Conservées aux AGR depuis 1997.

 

Traitement : AVAE entre 1993 et 2000.

 

Masse : 81 mètres linéaires ou 1.174 articles.

 

Inventaire : publié (BRION, R et MOREAU, J.-L., Inventaire des archives du groupe de la Société générale de Belgique s.a. Troisième versement : 1834-1992, Bruxelles, 2001 (Archives générales du Royaume. Inventaires, n° 302), xli + 164 p.).

 

Dates : 1834-1992 (l’essentiel des archives est postérieur à la Seconde Guerre mondiale).

Histoire de l'entreprise

 

La Société Générale de Belgique a été fondée en 1822 sur l’initiative du roi Guillaume Ier des Pays-Bas et sous le nom d'Algemeene Nederlandsche Maatschappij ter Begunstiging van de Volksvlijt, en français Société des Pays-Bas pour favoriser le développement de l’industrie nationale. La société fut conçue comme une banque d’escompte et de crédit immobilier. Le roi lui accorda en outre un privilège d'émission et lui confia les fonctions de caissier de l'État, ce qui permit à la Générale de développer un réseau de succursales à travers tout le pays. Elle participa dès les années 1820 à la révolution industrielle en Belgique en accordant des prêts à des entreprises.

Lors de la Révolution belge de 1830, un nouveau gouverneur fut nommé, Ferdinand de Meeûs. La Générale rendit plusieurs services à la jeune Belgique. Dès septembre 1830, elle accepta les fonctions de caissier du jeune État. Elle participa à la négociation d'emprunts destinés à consolider sa situation. Et en 1831, la Banque ouvrit une caisse d'épargne au taux d'intérêt de 4 %. La Banque adopta le nom de Société générale pour favoriser l'industrie nationale (le nom de Société générale de Belgique fut seulement adopté au début du XXe siècle).

Vers 1835, la banque se lança à corps perdu dans l’industrie en prenant des participations directes dans des entreprises. Elle reprit ou créa trois complexes sidérurgiques et une douzaine de charbonnages. La Banque attaqua d'autres branches de l'industrie: construction mécanique, agro-alimentaire, textile, immobilier et même deux entreprises de navigation. En tout, la Banque patronna directement ou indirectement la création d'une quarantaine de sociétés entre 1835 et 1838, dont 15 aciéries et 7 grandes mines de charbon. Parallèlement, la banque vendit la plupart de ses domaines fonciers (environ 28 000 hectares furent mis en vente publique).

En 1848, une crise économique grave ébranla la banque. En 1849, le gouvernement n'accepta de proroger l'existence de la Générale que moyennant d'importantes modifications à ses statuts. Elle perdit son privilège d’émission au bénéfice de la Banque Nationale de Belgique, créée en 1850. Désormais, sa vocation fut quasi exclusivement industrielle. Elle se spécialisa dans trois domaines d'activité : le charbon, la métallurgie et la construction et l'exploitation de chemins de fer, essentiellement en Belgique, puis à l’étranger à partir des années 1870. La Générale investit dans des pays sans cesse plus lointains, dans des secteurs plus diversifiés : sidérurgie au Grand-Duché de Luxembourg et en Russie, charbonnages en Serbie, en Allemagne et aux Pays-Bas, succursales bancaires en Chine, en Grande-Bretagne, en Égypte, chemins de fer en Espagne, au Mexique, en Argentine, en Chine, en Russie...

En 1906, la Générale s'engagea au Congo à la requête du roi Léopold II de Belgique. La Société générale créa trois sociétés placées sous sa gestion, trois sociétés « sœurs » qui furent les plus importantes entreprises industrielles du Congo : l'Union minière du Haut Katanga (qui exploitait des mines de cuivre, d'or, d'étain, cobalt...) ; la Société internationale forestière et minière du Congo, alias Forminière (qui se spécialisera dans l'exploitation de diamants) ; et la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga, chargée de construire une voie ferrée "nationale", c'est-à-dire entièrement implantée sur sol congolais, entre les centres industriels du Katanga et Léopoldville.

La Grande Guerre éclata alors que la situation de la Générale était des plus prospères. Pendant les cinq années de conflit, ses efforts vont se concentrer dans trois directions: organiser la résistance morale et le ravitaillement du pays; préserver l'appareil industriel et économique belge, en Belgique même et à l'étranger; préparer un relèvement aussi rapide que possible de la Belgique à l'issue du conflit.

Au lendemain de la guerre, la relance de l'industrie belge mobilisa toute l'énergie de la Société générale. La banque revendiquait une vocation véritablement nationale, cherchant à émanciper le pays en ressources énergétiques, en matières premières, en moyens financiers, en technologies de pointe...

En 1928, la Société générale absorba la Banque d'Outremer, fondée en 1899 et qui était la deuxième puissance financière du pays... Cette opération renforça le rôle prépondérant de la Générale dans l'économie belgo-congolaise.

Lors de la grande dépression des années 1930, la Générale se trouva paralysée par des créances gelées. Dans le souci de protéger l'épargne, le gouvernement imposa en 1934 la scission des banques mixtes: désormais, les banques de dépôt ne pourraient plus détenir des participations dans des entreprises industrielles. Pour se conformer à cette législation, la Société générale fit apport en décembre 1934 de ses activités bancaires à une filiale nouvelle, la Banque de la Société générale de Belgique. À partir de 1934, la Société générale de Belgique n'est donc plus une banque mixte, mais un holding industriel et financier avec des participations diversifiées dans nombre de secteurs: charbon, sidérurgie, transports, chimie, textile, ciment...

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la direction de la Société Générale se préoccupa comme en 1914 d’assurer la subsistance de la population belge, d’éviter autant que possible les déportations de travailleurs, d’éviter un clivage entre classes sociales et de maintenir en état l'appareil industriel national. Dans les faits, la politique de travail de Galopin ne réussit à éviter ni les déportations, ni le travail des entreprises belges pour l'ennemi.

Après la guerre, la Générale continua à jouer un rôle fondamental dans nombre de secteurs industriels: sidérurgie, non ferreux, ateliers métallurgiques, verre, papier, industrie cimentière, production et la distribution d'électricité. Elle commençait toutefois à souffrir de la séparation radicale entre les banques et l'industrie, réalisée en 1934. Pour assurer l'essor de ses filiales, le holding avait besoin de pouvoir recourir à l'épargne. Or, pour des raisons fiscales notamment, l'investisseur se détournait de l'industrie, tandis que l'État-Providence accaparait une masse sans cesse croissante de ressources. Cette situation obligeait les filiales du groupe à recourir massivement à l'autofinancement. C'est ce qui explique sans doute en partie leur autonomie croissante vis-à-vis de leur maison-mère... Au Congo, cependant, les entreprises du groupe connurent un âge d'or dans les années 1950. Elles contribuaient aux revenus de la Société générale pour une moitié environ.

Dans les années 1960, la crise du charbon entraîna la fermeture accélérée des puits wallons, quelque dix ans avant celle des mines de Campine. En même temps, la Générale s’efforça de provoquer la concentration des entreprises qu’elle patronnait pour affronter le grand marché européen.

Lors de la crise des années 1970, la Générale, dont une bonne partie du portefeuille relevait de l'industrie lourde, souffrit des grands changements structurels induits par la crise. Elle fut contrainte de soutenir des entreprises en pertes récurrentes. Elle se dégagea à cette époque du secteur sidérurgique wallon.

Les années 1980 furent marquées par un effort de la direction de la Générale pour recapitaliser le holding. L'actionnariat devint de plus en plus dispersé et instable. La stratégie industrielle du groupe fut l'objet d'une intense réflexion. Son avenir fut axé sur son internationalisation, l'élagage de son portefeuille et son redéploiement dans des secteurs porteurs : le trading, l'électronique, les médias… Le holding renforça ses participations dans les sociétés pivots, spécialement Tractebel et la Banque.

En janvier 1988, le patron italien Carlo De Benedetti annonça son intention de lancer une OPA (offre publique d'achat) sur une partie du capital de la Société générale de Belgique, dont il entendait devenir le premier actionnaire. Suite à de grandes manœuvres boursières, c’est le groupe français Suez qui prit en fait le contrôle de la société. Devenue filiale du groupe français, la Générale se défit de nombreuses participations, jusqu’à concentrer ses actifs dans les seuls secteurs de l’énergie et des services aux collectivités (regroupés au sein de sa filiale Tractebel). En avril 1998, le groupe Suez lance une OPE sur les actions de la Société générale en circulation. En 2003, la Société générale de Belgique absorba Tractebel et devint Suez-Tractebel.

 

Intérêt et contenu

 

Les archives conserves ici sont relativement disparates. On pourra y recourir pour étudier notamment :
 

  • les problèmes affrontés par la Société Générale de Belgique pendant la Première Guerre mondiale (archives du gouverneur Jean Jadot, correspondance entre ce dernier et Edmond Carton de Wiart, installé à Londres) ;

  • l’évolution économique, sociale et technique de l’un des principaux secteurs d’activité de la Société Générale, celui des charbonnages (procès-verbaux du conseil d’administration de quelque vingt sociétés charbonnières et de sondage, archives de Paul Renders et de Pierre Urbain, archives du « Groupement des Charbonnages Patronnés par la Société Générale de Belgique ») ;

  • le développement du secteur sidérurgique pendant la période 1945 : archives de Paul Renders, d’Adolphe Paulus, de Pierre Oury ;

  • les initiatives de la Société Générale dans le secteur de la chimie (archives de Paul Renders concernant Carbonisation Centrale) ;

  • le développement de l’Union Minière et des autres sociétés du secteur des métaux non ferreux après 1950 (archives d’André de Spirlet, de Charles Lejeune, de Gaston Périer et d’Adolphe Paulus, dossiers sur les relations entre l’Union Minière et le holding anglais Tanganyika Concessions Ltd) ;

  • le développement du pôle colonial de la Société Générale (archives d’André de Spirlet, de Charles Lejeune et du Comité Spécial du Katanga, dont l’essentiel repose au Musée de Tervueren).