BRION, R. et MOREAU, J.-L., La Société Générale de Belgique : 1822-1997, Anvers, Fonds Mercator, 1998, 514 p.
 

Fondée en 1822 sur l’initiative du Roi Guillaume Ier des Pays-Bas et sous le nom de « Société des Pays-Bas pour favoriser le développement de l’industrie nationale », cette société anonyme est donc plus ancienne que la Belgique elle-même. Il n’y a pas d’autre d’exemple d’un pays dont le développement économique ait été aussi intimement lié à celui d’une entreprise privée, pendant un aussi long laps de temps. Fondée comme banque d’escompte et comme banque d’émission, la Société Générale est dès les années 1830 le prototype de la banque mixte, immobilisant une partie de ses disponibilités dans des sociétés industrielles qu’elle « patronne », c’est-à-dire dont elle oriente la gestion. 

La mécanisation et la concentration de l’industrie belge est en bonne partie son œuvre : dès la première moitié du 19e siècle, elle travaille à la rationalisation des entreprises qu’elle patronne, de façon à en faire des entreprises propres à affronter la concurrence internationale. Elle a tenté de faire émerger des entreprises belges aux ambitions européennes ou mondiales dans les secteurs les plus divers : banque, charbonnages, sidérurgie, métaux non ferreux, électricité, ciment, chimie, verre, construction métallique et électrique… Patronnant de nombreuses entreprises, elle leur a fourni les fonds nécessaires pour surmonter les crises les plus sévères : en 1848, en 1886 puis dans les années 1930 et 1970. 

Elle a aussi joué un rôle important dans l’économie d’autres régions du monde : la Russie tsariste, la France (elle y a fondé sa première filiale en 1835), le Canada, l’Amérique latine, la Chine, l’Égypte… mais surtout le Congo. La Générale a inventé le Congo industriel dans les années 1920. En 1929, elle a absorbé un autre groupe très présent dans la Colonie : la Banque d’Outremer. Elle contrôlait dès lors la totalité de la production de la Colonie en cuivre, diamant, radium, ciment mais aussi des sociétés agricoles, commerciales, financières... Elle avait barre sur les liaisons ferroviaires, fluviales, aériennes et maritimes du Congo... La Générale a joué dans l’histoire du Congo un rôle capital, y compris après l’indépendance. 

La Générale a été banque mixte jusqu’en 1935, date à laquelle elle a cédé ses activités proprement bancaires à une société nouvelle, la Banque de la Société Générale de Belgique (intégrée plus tard dans le groupe Fortis). Fortement ébranlée par la crise des années 1970, le groupe a tenté de se redresser ensuite mais un actionnariat dispersé et une capitalisation boursière relativement modeste en font la proie rêvée d’un raider. En 1987, l’Italien Carlo de Benedetti tente une OPA hostile sur le groupe, qui obtient in extremis l’appui du groupe français Suez. Mais la Générale y perd son indépendance : Suez possède désormais plus de la moitié de son capital et sa stratégie est désormais intégrée à celle du groupe français. En 1998, Suez rachète le solde des actions de la Générale encore dans le public. Et cinq années plus tard, le groupe change définitivement de vocation en absorbant sa filiale Tractebel et en adoptant le nom de Suez-Tractebel. 

Il existe de nombreux ouvrages sur l’histoire de la Société Générale. Celui de R. Brion et J.-L. Moreau présente l’intérêt d’avoir été écrit par deux historiens qui ont passé plusieurs années en contact intime avec les archives du groupe, qu’ils ont pu exploiter sans aucune restriction. La synthèse qui en résulte montre le rôle quasi institutionnel assumé par la Générale au fil de son histoire et notamment lors des crises majeures affrontées par la Belgique : la Révolution, les deux guerres mondiales, la décolonisation du Congo...